Chaque note répond à l'un des sept noms
Dans Pourquoi écrire la musique ?, vous avez vu la musique fixée sur le papier : des points sur une portée, la hauteur qui grimpe sur la page, le temps qui file vers la droite. Cette leçon s'achevait sur une promesse — chaque point a un nom. La voici tenue.
La musique n'invente pas un mot nouveau pour chaque son possible. Elle emploie exactement sept noms, un par barreau de l'échelle musicale : do, ré, mi, fa, sol, la, si. Chaque nom désigne une note un degré plus aiguë que la précédente. Récitez-les dans l'ordre et vous décrivez déjà une mélodie qui monte ; récitez-les à rebours, et la mélodie descend.
C'est là tout le vocabulaire. Chaque musique que vous avez entendue dans votre vie — chaque berceuse, chaque symphonie — s'épelle avec ces sept syllabes, et rien d'autre.
Sept syllabes, une par degré — et la huitième touche porte déjà le premier nom.
Faites pour être chantées : ce qu'est le solfège
Pourquoi des syllabes, plutôt que des chiffres ou des symboles ? Parce que ces noms ont été conçus pour être chantés. Chacun est bref, s'ouvre sur une voyelle franche et se pose sans effort sur une hauteur.
Chanter une mélodie en nommant ses notes s'appelle le solfège, l'un des plus anciens outils de la pédagogie musicale. Voilà pourquoi les noms passent avant le moindre symbole : on sait chanter do–ré–mi bien avant de savoir les retrouver sur une page ou sur un clavier — et ce jour-là, la voix et la mémoire apprennent ensemble la forme de la musique.
La boucle : après si, do revient
Sept noms, mais un piano compte des dizaines de touches — comment sept peuvent-ils suffire ? Parce que les noms se répètent en boucle. Gravissez l'échelle — do, ré, mi, fa, sol, la, si — et le degré suivant n'est pas un huitième nom : c'est do à nouveau, un étage plus haut. La boucle continue aussi loin qu'il y a des notes, vers le grave également : sous le do le plus grave que vous puissiez chanter se trouve un si, et au-dessous encore, un la.
Deux notes qui partagent un nom — ce do-ci et le do de l'étage au-dessus — se ressemblent étonnamment à l'oreille, comme un même personnage qui parlerait d'une voix plus haute. Cette distance singulière aura sa propre leçon plus loin dans ce chapitre. Retenez pour l'instant le fait pratique : apprenez sept noms, et vous avez nommé toutes les notes de la musique.
Les noms grimpent comme un escalier en colimaçon : un tour complet, puis les sept mêmes marches recommencent, un étage plus haut.
D'où viennent do, ré, mi : Guido et un hymne latin
Les sept syllabes ont près de mille ans. Vers l'an 1025, le moine bénédictin Guido d'Arezzo — celui-là même à qui l'on doit la généralisation de l'ancêtre à quatre lignes de la portée rencontrée à la leçon précédente — cherchait un moyen de faire apprendre vite des mélodies nouvelles à ses chanteurs, sans des années de par-cœur.
Son outil fut un hymne à saint Jean-Baptiste, « Ut queant laxis », doté d'une propriété remarquable : chacune de ses six premières phrases commence un degré plus haut que la précédente. Guido ancra ces notes de départ dans l'oreille de ses chanteurs par la première syllabe de chaque vers — ut, re, mi, fa, sol, la — et ces syllabes devinrent les noms portatifs des degrés eux-mêmes.
Deux retouches complétèrent la série. Vers la fin du XVIe siècle, les chanteurs ajoutèrent une septième syllabe, si, forgée sur les initiales du dernier vers de sa première strophe, Sancte Iohannes. Puis, dans l'Italie du XVIIe siècle, le ut fermé céda la place au do, plus ouvert et plus commode à chanter — un changement que la tradition attribue au théoricien Giovanni Battista Doni. Le français, lui, n'a jamais tout à fait abandonné ut : la syllabe survit dans « clé d'ut » ou « ut majeur ».
Dans « Ut queant laxis », chaque vers commence un degré plus haut — Guido fit de ces premières syllabes les noms de notes que nous chantons encore.
Des mélodies que vous savez désormais épeler
La meilleure façon de rendre les noms concrets est d'épeler des musiques que vous connaissez déjà.
L'Ode à la joie — Beethoven. La mélodie qui traverse tout ce cours peut enfin se lire à voix haute : mi mi fa sol · sol fa mi ré · do do ré mi · mi ré ré. Remarquez qu'elle tient sur cinq noms seulement (do, ré, mi, fa, sol), grimpe jusqu'à sol, puis redescend tranquillement chez elle.
Frère Jacques. Le plus célèbre des canons — français, qui plus est — s'ouvre sur la phrase de solfège la plus limpide qui soit : do ré mi do, do ré mi do — trois degrés en montant, retour au rez-de-chaussée, et l'on recommence.
« Do-Re-Mi » — Rodgers et Hammerstein. La chanson de La Mélodie du bonheur (« Do, le do, il a bon dos… » dans son adaptation française) n'est rien d'autre qu'une promenade à travers les sept syllabes dans l'ordre — la preuve qu'elles chantent tout naturellement.
La mélodie du cours, enfin épelée : mi mi fa sol, sol fa mi ré, do do ré mi, mi ré ré.
Idées reçues sur les noms des notes
« Do ré mi et C D E sont deux séries de notes différentes. » Ce sont les mêmes notes sous deux systèmes de noms — les syllabes dans la tradition latine, les lettres dans les traditions anglaise et allemande. Passer de l'un à l'autre est l'objet de la prochaine leçon.
« Si et ti sont deux notes différentes. » Même septième degré, deux graphies. Le solfège anglophone remplace souvent si par ti ; le son, lui, ne change pas d'un cheveu.
« La huitième note attend un huitième nom. » Il ne vient jamais. Après si, le degré suivant s'appelle de nouveau do — la boucle est le principe même du système, et c'est elle qui rend sept noms suffisants.
« Il faut d'abord savoir trouver do sur le piano. » Les noms viennent en premier, comme un pur ordre chanté. Les retrouver sous les doigts, sur les touches blanches, est une leçon à part entière, dans quelques épisodes.
Conseils pratiques
- Chantez l'échelle chaque jour. En montant — do, ré, mi, fa, sol, la, si, do — puis en descendant. Une minute par jour ancre l'ordre dans les deux sens plus vite que n'importe quel tableau.
- Épelez un air que vous connaissez. Partez des exemples ci-dessus, puis fredonnez lentement une autre mélodie simple en demandant à chaque note : un degré plus haut, un degré plus bas, ou une répétition ?
- Dites la couture à voix haute. Travaillez le point de jonction de la boucle — la, si, do, ré — jusqu'à ce que « do après si » devienne aussi naturel que « un après sept ». Un exercice interactif pour cette leçon arrive bientôt sur Vivace.
FAQ
Pourquoi les anglophones disent-ils A B C plutôt que do ré mi ? Les deux systèmes existent et nomment exactement les mêmes notes. Les syllabes sont nées dans l'Italie du XIe siècle comme outil de chant et se sont imposées dans tout le monde latin — la France en tête ; les pays anglophones et germanophones, eux, sont restés fidèles à un système de lettres plus ancien encore. Ce cours commence par les syllabes parce qu'elles sont faites pour la voix — les lettres arrivent dès la prochaine leçon.
Quelle est la différence entre do fixe et do mobile ? En do fixe, do désigne toujours la même note physique (celle que le système des lettres appelle C), quelle que soit la musique : les noms fonctionnent comme des adresses. En do mobile, do désigne le premier degré de la gamme du morceau, quel qu'il soit : les noms décrivent alors le rôle de chaque note plutôt que son adresse. Vivace emploie le do fixe, la norme de la tradition latine — celle de la France.
Si ou ti ? La même note. Ti est apparu dans l'Angleterre du XIXe siècle, où les pédagogues voulaient que chaque syllabe commence par une lettre différente pour leur notation abrégée. Ce cours dit si, comme les traditions française, italienne, espagnole et arabe.
N'y a-t-il vraiment que sept notes en musique ? Il n'y a que sept noms de notes, qui se répètent en boucle vers l'aigu comme vers le grave. La musique emploie aussi des notes situées entre certains de ces degrés — les touches noires du piano — mais elles empruntent le nom de leurs voisines, complété d'un petit signe, qu'une leçon ultérieure présentera.
En résumé
- Sept syllabes — do, ré, mi, fa, sol, la, si — nomment toutes les notes de la musique.
- Chaque nom désigne un degré plus aigu que le précédent ; ces noms sont faits pour être chantés, et chanter avec eux s'appelle le solfège.
- Après si, les noms bouclent : do revient un étage plus haut, en montant comme en descendant.
- Les syllabes viennent d'un hymne latin utilisé par Guido d'Arezzo vers 1025 (ut est devenu do ; si fut ajouté plus tard).
- L'Ode à la joie, enfin épelée : mi mi fa sol, sol fa mi ré, do do ré mi, mi ré ré.
Les sept syllabes ne sont que la moitié de l'identité de chaque note : les mêmes notes répondent aussi à des lettres, et les musiciens passent sans cesse d'un système à l'autre. Il est temps de rencontrer l'autre moitié : A B C D E F G : le système alphabétique.